Campagne Nationale du 7/5 au 31/12/2002
 

Témoignage anonyme d'un père dont le fils souffre de maladie mentale

Mon fils souffre de troubles schizophréniques, c'est à ce titre que je veux témoigner.

Je suis aussi un des co-responsables de cette campagne qui s'adresse aux familles de personnes souffrant de maladie mentale, et insiste sur leur souffrance. Or la première souffrance est bien celle de la personne malade, et le but essentiel de notre action est d'aider ces personnes. Il se fait que pour l'efficacité du spot T.V., nous ne pouvions livrer qu'un seul message.

D'autre part, les effets invalidants de la maladie mentale et de son traitement pharmacologique, handicapent les personnes malades dans la défense de leurs intérêts et elles doivent être soutenues dans leur combat pour être reconnues comme personnes à part entière et atteindre une qualité de vie acceptable.

Nous avons fait l'expérience à SIMILES que le "mieux-être" des personnes atteintes d'une maladie mentale, passe par le "mieux-être" de leurs proches, qui ont besoin d'aide, d'information et de formation pour tenir le rôle que par la force des choses, l'évolution actuelle de la pratique psychiatrique leur confère.

En aidant les parents, nous aidons les personnes malades.

J'ai vu souffrir ces personnes dont mon fils, et je leur dis : "Tenez bon, nous y arriverons, nous sommes avec vous".

Mais le drame des familles est bien réel aussi. Ma femme et moi-même avons vu, tout d'un coup, notre vie basculer, lorsque notre fils âgé alors de 27 ans sombra dans un délire tel, que sa compagne, ses amis, et nous-mêmes n'avons vu d'autre solution que de le faire soigner sous contrainte.

ø l'époque, nous ignorions tout de la maladie mentale et de la psychiatrie.

Quand après deux semaines, nous avons été autorisés à voir notre fils, il nous a dit : "Pourquoi suis-je ici ? Regardez ce que les médicaments ont fait de moi. Tirez-moi de là".

Nous avons tenté de le persuader que ces soins étaient indispensables et nous l'avons laissé. Drame pour lui, drame pour nous. Avions-nous eu raison de le faire soigner de force ? Nous nous sentions coupables.

C'était en 1988. Impossible à cette époque de rencontrer le psychiatre et d'obtenir la moindre in-formation. Quel était ce trouble ? Quelle en était la gravité ? Allait-on pouvoir un jour, le guérir ?

Abandonné par sa compagne, c'est chez nous qu'il venait se réfugier après chaque séjour à l'hôpital, provoqué par des crises où sa désorganisation psychique et son agitation croissante effrayaient tous ceux qu'il rencontrait, dont une fois les gendarmes qui vu son refus de donner son identité ont requis le juge, dont il s'est moqué. Résultat : la prison puis l'annexe psychiatrique. Il y est resté six mois sans soins autres que les médicaments que la plupart du temps il recrachait.

Nous étions révoltés devant cette bêtise administrative, cette incapacité de la psychiatrie et les préjugés manifestes ou les principes qui nous fermaient les portes.

Aller le voir en prison ou à l'hôpital était une véritable torture, tant nous le voyions malheureux et tant il était malaisé de lui faire admettre qu'il souffrait bien d'une pathologie qui nécessitait des soins.

Nous sommes passés par tous les sentiments et toutes les émotions.

  • Pourquoi notre enfant était-il comme cela, à qui la faute ?
  • Atroce inquiétude et stress à l'approche d'une crise et pendant celle-ci.
  • Difficulté de le faire prendre en charge, puis d'être informé du suivi.
  • Tristesse lors des visites à l'hôpital.
  • Incompréhension, irritation, lassitude, de le voir entre chaque crise passer ses journées au lit et ne développer aucun projet.

Toute notre vie, toutes nos conversations, c'était lui, son malheur, nos peurs, nos espoirs, nos désillusions, nos craintes, nos démarches, nos recherches.

Cinq crises successives, et depuis presque deux ans une accalmie que nous croyons bien augurer de l'avenir parce que nous pensons que les conditions d'une stabilisation positive sont réunies, c.a.d., que conscient de sa maladie et de la nécessité de prendre ses médicaments, il pourra pro-gressivement reprendre place dans un certain nombre d'activités sociales.

D'une part, nous avons grâce à notre réflexion au sein de SIMILES acquis une bonne connaissance de la maladie et des attitudes et comportements aidants. D'autre part, notre fils participe à un groupe d'entraide de patients ce qui lui a permis de reconnaître sa maladie et d'être convaincu de la nécessité de se soigner.

Tant lui que nous, avons repris espoir.

 

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15/04/01 22:10