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Témoignage
anonyme d'un père dont le fils souffre de maladie mentale
Mon
fils souffre de troubles schizophréniques, c'est à ce titre que
je veux témoigner.
Je
suis aussi un des co-responsables de cette campagne qui s'adresse
aux familles de personnes souffrant de maladie mentale, et insiste
sur leur souffrance. Or la première souffrance est bien celle de
la personne malade, et le but essentiel de notre action est d'aider
ces personnes. Il se fait que pour l'efficacité du spot T.V., nous
ne pouvions livrer qu'un seul message.
D'autre
part, les effets invalidants de la maladie mentale et de son traitement
pharmacologique, handicapent les personnes malades dans la défense
de leurs intérêts et elles doivent être soutenues dans leur combat
pour être reconnues comme personnes à part entière et atteindre
une qualité de vie acceptable.
Nous
avons fait l'expérience à SIMILES que le "mieux-être"
des personnes atteintes d'une maladie mentale, passe par le "mieux-être"
de leurs proches, qui ont besoin d'aide, d'information et de formation
pour tenir le rôle que par la force des choses, l'évolution
actuelle de la pratique psychiatrique leur confère.
En
aidant les parents, nous aidons les personnes malades.
J'ai
vu souffrir ces personnes dont mon fils, et je leur dis : "Tenez
bon, nous y arriverons, nous sommes avec vous".
Mais
le drame des familles est bien réel aussi. Ma femme et moi-même
avons vu, tout d'un coup, notre vie basculer, lorsque notre fils
âgé alors de 27 ans sombra dans un délire tel, que sa compagne,
ses amis, et nous-mêmes n'avons vu d'autre solution que de le faire
soigner sous contrainte.
ø
l'époque, nous ignorions tout de la maladie mentale et de la psychiatrie.
Quand
après deux semaines, nous avons été autorisés à voir notre fils,
il nous a dit : "Pourquoi suis-je ici ? Regardez ce que les
médicaments ont fait de moi. Tirez-moi de là".
Nous
avons tenté de le persuader que ces soins étaient indispensables
et nous l'avons laissé. Drame pour lui, drame pour nous. Avions-nous
eu raison de le faire soigner de force ? Nous nous sentions coupables.
C'était
en 1988. Impossible à cette époque de rencontrer le psychiatre et
d'obtenir la moindre in-formation. Quel était ce trouble ? Quelle
en était la gravité ? Allait-on pouvoir un jour, le guérir ?
Abandonné
par sa compagne, c'est chez nous qu'il venait se réfugier
après chaque séjour à l'hôpital, provoqué
par des crises où sa désorganisation psychique et
son agitation croissante effrayaient tous ceux qu'il rencontrait,
dont une fois les gendarmes qui vu son refus de donner son identité
ont requis le juge, dont il s'est moqué. Résultat
: la prison puis l'annexe psychiatrique. Il y est resté six
mois sans soins autres que les médicaments que la plupart
du temps il recrachait.
Nous
étions révoltés devant cette bêtise administrative, cette incapacité
de la psychiatrie et les préjugés manifestes ou les principes qui
nous fermaient les portes.
Aller
le voir en prison ou à l'hôpital était une véritable torture, tant
nous le voyions malheureux et tant il était malaisé de lui faire
admettre qu'il souffrait bien d'une pathologie qui nécessitait des
soins.
Nous
sommes passés par tous les sentiments et toutes les émotions.
-
Pourquoi notre enfant était-il comme cela, à qui la faute ?
-
Atroce inquiétude et stress à l'approche d'une crise et pendant
celle-ci.
-
Difficulté de le faire prendre en charge, puis d'être informé
du suivi.
-
Tristesse lors des visites à l'hôpital.
- Incompréhension,
irritation, lassitude, de le voir entre chaque crise passer ses
journées au lit et ne développer aucun projet.
Toute
notre vie, toutes nos conversations, c'était lui, son malheur, nos
peurs, nos espoirs, nos désillusions, nos craintes, nos démarches,
nos recherches.
Cinq crises successives, et depuis presque deux ans une accalmie
que nous croyons bien augurer de l'avenir parce que nous pensons
que les conditions d'une stabilisation positive sont réunies, c.a.d.,
que conscient de sa maladie et de la nécessité de prendre ses médicaments,
il pourra pro-gressivement reprendre place dans un certain nombre
d'activités sociales.
D'une
part, nous avons grâce à notre réflexion au sein de SIMILES acquis
une bonne connaissance de la maladie et des attitudes et comportements
aidants. D'autre part, notre fils participe à un groupe d'entraide
de patients ce qui lui a permis de reconnaître sa maladie et d'être
convaincu de la nécessité de se soigner.
Tant
lui que nous, avons repris espoir.
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