Campagne Nationale du 7/5 au 31/12/2002
 

Témoignage anonyme d'une femme dont l'époux souffre de maladie mentale

Bonjour, mon nom est Béa. Je suis mariée avec Bob. Mon mari souffre d'une dépression grave. Les premiers symptômes de la maladie se sont manifestés il y a 21 ans. Nous étions jeunes... et heureux...tous les deux. Nous étions proches l'un de l'autre et nous nous parlions beaucoup. Nous avions une fille adorable. Bob jouait beaucoup avec elle, il la cajolait et l'aimait tendrement. Bob était un mari adorable. Je pouvais tout lui dire et tout lui demander. Il était mon meilleur ami et j'avais pleine confiance en lui. Il me complimentait souvent. "Que tu es gentille". "J'adore ta cuisine".

Après huit ans de bonheur, son comportement changea. Il devint maussade, fatigué, il ne jouait plus avec notre fille. Il n'appréciait plus la table. Quand je lui faisais des avances, il me disait "Laisse moi tranquille, je suis fatigué. "Quand il utilisait un tournevis ou un autre outil, il ne savait plus où il l'avait déposé. Il me reprochait d'avoir emprunté ses affaires et de pas les avoir remises en place.

Au travail, les relations avec ses collègues devinrent difficiles. Selon lui, ses collègues aussi ne remettaient plus ses outils en place. Dans ces conditions comment pouvait-il travailler ? Plus tard des troubles somatiques apparurent. Nous sommes allés chez le médecin. Suite à une série d'examens, le médecin nous a dit "physiquement je ne trouve rien, mais je vous conseille de voir un psychiatre." "Quoi ? un psychiatre ?"

Le psychiatre nous a écouté. Bob ne disait rien, j'ai dû tout lui expliquer moi-même. Le psychiatre a diagnostiqué une dépression et lui a prescrit des antidépresseurs. Ne connaissant rien à cette maladie, j'ai demandé "c'est quoi une dépression". Bob a effectivement tous les symptômes de la dépression, il se sent mal, mais la médication adéquate l'aide déjà beaucoup.

Bob a dû cesser de travailler. De cet homme amoureux, il ne restait plus grand chose. Il ne cajolait plus notre fille. Qu'était devenu le mari attentif, chaleureux et affectueux ? Mon mari s'était aigri. Il restait des jours, des semaines, des mois couchés sur le divan sans bouger, le regard vide, sans dire un mot. Nous allions régulièrement chez le psychiatre, la médication était au point, mais une dépression peut durer longtemps.

Après neuf mois très éprouvants, il reprit le travail. Mais l'homme si cordial et amoureux n'existait plus. Il était toujours fatigué et sans ressort. Il y eut des hauts et des bas, mais notre vie continua. Mon mari paraissait vivre dans un cocon de solitude sans jamais en sortir. Parfois je lui dis "Essaie quand même de faire le mieux possible". Il me répond "Ma maladie fait que je n'ai plus d'allant". La maladie a fait que Bob n'est plus l'homme que j'avais épousé.

Nous n'avons plus de conversation sérieuse alors que j'aimais tant d'échanger nos points de vue. Nous pouvions discuter des heures de tout et de rien. Quand on est marié, il est important de savoir comment le partenaire voit les choses. Mais quand je demande à Bob "comment vois-tu cela ?" . Il me répond "Je n'ai plus besoin de penser, je prends des médicaments pour ne plus penser". Cela fait mal... Je me sens seule, mais je me sens tout de même mieux que Bob, car moi, je peux encore sentir...rire...me réjouir. Bob lui ne ressent plus cela.

Au début, je croyais que c'était de ma faute, que j'avais manqué à mes devoirs. Chez Similes, j'ai appris que la maladie est la plus grande ennemie de l'homme et que j'en suis une victime. Quand on vit avec une personne atteinte de troubles psychiques, on perd ses amis, même sa famille. La vie sociale s'envole.

Auparavant, Bob avait de l'humour, maintenant il est replié, calme et malheureux. La maladie l'a épuisé complètement. Il ne reste plus rien du père et du mari chaleureux. Pourtant j'aime toujours cet homme, plutôt comme une mère aime son enfant.

Après avoir vécu 15 ans avec une personne atteinte de troubles psychiques, je ne suis plus la même personne. Par manque d'amour, je me sentais seule et triste. Progressivement, je me suis fait une image négative de moi-même. Il y a quatre ans, j'ai fait la connaissance de Similes. Là, j'ai entendu le vécu de différentes personnes. Je m'y suis reconnue. Je me suis rendu compte que je me dévalorisais. Grâce à Similes, je reprends confiance en moi. .

Entre-temps, nous avons eu des petits-enfants. J'ai espéré une amélioration de la situation. Mais dès que les enfants sont partis, Bob s'étend sur le divan, silencieux, solitaire et prostré. Alors mon coeur saigne...

Et quand les petits-enfants iront à l'école ?... Il retombera dans son silence mortel... et moi... mon mari me manque.

Je vous remercie de votre attention.

 

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15/04/01 22:10