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Témoignage
anonyme d'une femme dont l'époux souffre de maladie mentale
Bonjour,
mon nom est Béa. Je suis mariée avec Bob. Mon mari souffre d'une
dépression grave. Les premiers symptômes de la maladie se sont manifestés
il y a 21 ans. Nous étions jeunes... et heureux...tous les deux. Nous
étions proches l'un de l'autre et nous nous parlions beaucoup. Nous
avions une fille adorable. Bob jouait beaucoup avec elle, il la
cajolait et l'aimait tendrement. Bob était un mari adorable. Je
pouvais tout lui dire et tout lui demander. Il était mon meilleur
ami et j'avais pleine confiance en lui. Il me complimentait souvent.
"Que tu es gentille". "J'adore ta cuisine".
Après
huit ans de bonheur, son comportement changea. Il devint maussade,
fatigué, il ne jouait plus avec notre fille. Il n'appréciait plus
la table. Quand je lui faisais des avances, il me disait "Laisse
moi tranquille, je suis fatigué. "Quand il utilisait un tournevis
ou un autre outil, il ne savait plus où il l'avait déposé. Il me
reprochait d'avoir emprunté ses affaires et de pas les avoir remises
en place.
Au
travail, les relations avec ses collègues devinrent difficiles.
Selon lui, ses collègues aussi ne remettaient plus ses outils en
place. Dans ces conditions comment pouvait-il travailler ? Plus
tard des troubles somatiques apparurent. Nous sommes allés chez
le médecin. Suite à une série d'examens, le médecin nous a dit "physiquement
je ne trouve rien, mais je vous conseille de voir un psychiatre."
"Quoi ? un psychiatre ?"
Le
psychiatre nous a écouté. Bob ne disait rien, j'ai dû tout lui expliquer
moi-même. Le
psychiatre a diagnostiqué une dépression et lui a prescrit des antidépresseurs.
Ne connaissant rien à cette maladie, j'ai demandé "c'est quoi une
dépression". Bob a effectivement tous les symptômes de la dépression,
il se sent mal, mais la médication adéquate l'aide déjà beaucoup.
Bob
a dû cesser de travailler. De cet homme amoureux, il ne restait
plus grand chose. Il ne cajolait plus notre fille. Qu'était devenu
le mari attentif, chaleureux et affectueux ? Mon mari s'était aigri.
Il restait des jours, des semaines, des mois couchés sur le divan
sans bouger, le regard vide, sans dire un mot. Nous allions régulièrement
chez le psychiatre, la médication était au point, mais une dépression
peut durer longtemps.
Après
neuf mois très éprouvants, il reprit le travail. Mais l'homme si
cordial et amoureux n'existait plus. Il était toujours fatigué et
sans ressort. Il y eut des hauts et des bas, mais notre vie continua.
Mon mari paraissait vivre dans un cocon de solitude sans jamais
en sortir. Parfois je lui dis "Essaie quand même de faire le
mieux possible". Il me répond "Ma maladie fait que je
n'ai plus d'allant". La maladie a fait que Bob n'est plus l'homme
que j'avais épousé.
Nous
n'avons plus de conversation sérieuse alors que j'aimais tant d'échanger
nos points de vue. Nous pouvions discuter des heures de tout et
de rien. Quand on est marié, il est important de savoir comment
le partenaire voit les choses. Mais quand je demande à Bob "comment
vois-tu cela ?" . Il me répond "Je n'ai plus besoin de
penser, je prends des médicaments pour ne plus penser". Cela
fait mal... Je me sens seule, mais je me sens tout de même mieux que
Bob, car moi, je peux encore sentir...rire...me réjouir. Bob lui ne
ressent plus cela.
Au début, je croyais que c'était de ma faute, que
j'avais manqué à mes devoirs. Chez Similes, j'ai appris
que la maladie est la plus grande ennemie de l'homme et que j'en
suis une victime. Quand on vit avec une personne atteinte de troubles
psychiques, on perd ses amis, même sa famille. La vie sociale
s'envole.
Auparavant,
Bob avait de l'humour, maintenant il est replié, calme et malheureux.
La maladie l'a épuisé complètement. Il ne reste plus rien du père
et du mari chaleureux. Pourtant j'aime toujours cet homme, plutôt
comme une mère aime son enfant.
Après avoir vécu 15 ans avec une personne atteinte
de troubles psychiques, je ne suis plus la même personne.
Par manque d'amour, je me sentais seule et triste. Progressivement,
je me suis fait une image négative de moi-même. Il
y a quatre ans, j'ai fait la connaissance de Similes. Là,
j'ai entendu le vécu de différentes personnes. Je
m'y suis reconnue. Je me suis rendu compte que je me dévalorisais.
Grâce à Similes, je reprends confiance en moi. .
Entre-temps,
nous avons eu des petits-enfants. J'ai espéré une amélioration de
la situation. Mais dès que les enfants sont partis, Bob s'étend
sur le divan, silencieux, solitaire et prostré. Alors mon coeur saigne...
Et
quand les petits-enfants iront à l'école ?... Il retombera dans son
silence mortel... et moi... mon mari me manque.
Je
vous remercie de votre attention.
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