|
Question de chiffres
1. Importance quantitative des troubles mentaux
Si on accepte la définition quen donne lOrganisation Mondiale de la Santé (OMS), on entend par troubles mentaux et du comportement "des affections significatives qui se caractérisent par un changement du mode de pensée, de lhumeur (affects) ou du comportement associées à une détresse psychique et/ou à une altération des fonctions mentales. (
) Pour être considérées comme telles, ces anomalies doivent être permanentes ou répétées et causer une souffrance ou constituer un handicap dans un ou plusieurs domaines de la vie courante"(1).
Lorsquon cherche à sinformer sur la proportion de personnes atteintes de troubles mentaux dans une population donnée, il ne faut pas sétonner de rencontrer de grands écarts dans les chiffres cités. Cela tient à deux raisons principales. La première est que ces données peuvent sappliquer à des choses très différentes. Ainsi lOMS inclut sous la même appellation les troubles dépressifs, les toxicomanies, la schizophrénie, lépilepsie(2), la maladie dAlzheimer, larriération mentale et les troubles de lenfance et de ladolescence. Une autre cause de divergences est ce quon appelle la prévalence, soit la possibilité statistique quun phénomène affecte une personne durant une certaine période.
La prévalence ponctuelle est en quelque sorte la photographie dune population à un moment donné
Aujourdhui, 450.000.000 de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux et du comportement(3), soit environ 8% de la population mondiale, soit 750.000 Belges(4).
La prévalence générale couvre tout le cours de lexistence dune personne. Les chiffres sont bien entendu plus impressionnants lorsquon cite cette dernière.
Plus de 25% de la population mondiale souffrira de troubles mentaux à un moment ou lautre de sa vie, soit un milliard et demi dêtres humains dans le monde, soit 2.500.000 Belges.
Ces chiffres terribles sont établis par projection à partir des données générales de la Division de la population de lONU(5) et les divers tableaux ont été établis à partir de renseignements récoltés auprès des 191 Etats membres de lOMS(6).
On constate que la répartition des troubles mentaux est assez régulière. En effet, si les facteurs liés au mode de vie stressant des sociétés économiquement développées pourraient faire croire à un accroissement de la fréquence des maladies mentales, dautres facteurs tels que la pauvreté, lexil, les guerres et les catastrophes affectent dans les mêmes proportions les pays à léconomie précaire.
Dans tous les cas, on observe une influence du sexe, de lâge, de la survenue de maladies physiques et du contexte familial et social dans lapparition et la durée des troubles mentaux. Une restriction toutefois en ce qui concerne les psychoses évolutives graves(7) qui se présentent dans nimporte quel contexte avec la même probabilité.
2. Importance des conséquences individuelles et sociales des troubles mentaux
En Europe, sur 100% des Années de Vie vécues avec une Incapacité (AVI) par lensemble de la population, 43% sont dues aux troubles mentaux(8), dont 12% sont causées par les troubles dépressifs unipolaires, 2,8% par la schizophrénie et 2% par la maladie d Alzheimer.
Le malheur et la souffrance ne se mesurent pas. Ils ont cependant un coût social et cest celui-ci qui permet de se faire une idée plus juste de lincidence des maladies mentales dans la vie quotidienne des personnes. Le calcul des années de vie vécues avec une incapacité reflète le terrible impact quont les troubles mentaux sur la qualité de vie de ceux qui en souffrent.
En plus de souffrir des symptômes inquiétants de sa maladie, lindividu se trouve limité dans sa participation à la vie sociale et se sent très rapidement une charge pour son entourage. Il est également très souvent victime dune discrimination, voire dune mise à lécart plus radicale, du fait de sa différence.
En Belgique, les statistiques de lINAMI pour lan 2000(9) démontrent que les troubles mentaux viennent largement en tête dans leffectif des invalides par groupe de maladie.
En 2000, les affections neuropsychiatriques ont causé soit directement, soit par suicide ou lésions auto-infligées, la mort de 950.000 personnes dans le monde(10) par an, dont 1.600 Belges(11). On considère que les tentatives de suicide sont de 10 à 20 fois supérieures à ce nombre.
En plus du poids des années dincapacité, il faut bien reconnaître une mortalité importante liée aux maladies mentales.
Selon une étude anglaise(12), un quart des patients souffrant de troubles mentaux décède de mort non naturelle, dont 1% par homicide, 26% par accidents et 73% par suicide. Les autres décès liés aux maladies mentales peuvent souvent être attribués, outre les causes physiques diverses qui frappent également lensemble de la population, aux troubles cognitifs qui occultent la perception de létat général de la personne au point quelle néglige de prendre soin de son potentiel de santé.
Aux Etats-Unis, un rapport(13) établit quun 1 jeune sur 10 souffre dune maladie mentale suffisamment grave pour constituer une forme quelconque de handicap et que moins de la moitié reçoit une aide appropriée pour y faire face.
Si on extrapole ces chiffres en considérant que le mode de vie dit " de type occidental " sapplique également à la Belgique, on peut penser quenviron 240.000 jeunes Belges de moins de 19 ans(14) sont dors et déjà en danger de développer des troubles mentaux durant leur vie dadultes.
Même si ces chiffres sont sujets à caution compte tenu du caractère transitoire des phénomènes qui touchent à lenfance et de la différence des systèmes de sécurité sociale entre les pays, ils nous interpellent et renforcent le souci quil conviendrait dapporter à lencadrement de lenfance et de la jeunesse sous langle dune promotion de la santé mentale.
3. Conséquences des troubles mentaux sur lentourage de ceux qui en souffrent.
Si en prévalence générale, 2.500.000 de Belges souffriront de troubles mentaux à un moment ou lautre de sa vie (voir §1) , on estime quun 1.000.000 de Belges seront atteints un jour de maladie mentale grave (schizophrénie, maniaco-depression, trouble borderline, troubles paranoïaques, T.O.C. "troubles obsessionnels compulsifs", dépression grave
).
Chaque malade a des parents, parfois un conjoint, parfois des enfants. Leur nombre est impressionnant.
Conséquences de la maladie pour les familles : charge émotionnelle, stress, désorganisation de la vie de famille, entraves de fait à la vie sociale(15), difficultés financières, la famille doit sadapter et souvent aux dépends de la réalisation de leurs propres objectifs de vie. Au lieu dêtre soutenues par leur entourage et la communauté en général, les familles se trouvent le plus souvent être victimes dopprobre, de rejet, de toutes les réactions critiques et stigmatisantes attachées à la méconnaissance et à la peur quéprouvent les autres à légard des maladies mentales.
On constate que, dans les pays où les relations familiales, de type plus traditionnelles, rassemblent tout un clan ou une communauté autour dune personne souffrant de troubles mentaux, les chances de guérison ou dabsence de rechute de celle-ci augmentent considérablement(16): 63% de rémission complète au bout de deux ans contre 37% dans les pays économiquement développés !
Plus concrètement et dans nos pays, de nombreuses études(17) démontrent que le soutien des familles concernées a des retombées immédiates et très positives sur lévolution de la maladie mentale dun des leurs.
Similes regroupe des familles de personnes souffrant de troubles mentaux graves, au point daffecter gravement leur vie quotidienne. Le fardeau des maladies mentales pèse très lourd sur les familles. Il leur incombe de prendre soin de leur proche malade et de leur apporter un soutien affectif. Elle ont besoin daide.
Similes en latin veut dire semblable. Nous sommes tous égaux. Tout belge a droit à la considération et au respect de tous. Cest le fondement même de notre démocratie.
(1) OMS, op.cit. p.21
(2) Bien que lépilepsie soit une affection purement physique, lOMS linclut dans les troubles mentaux pour deux raisons : elle est prise en charge la plupart du temps par les psychiatres et elle entraîne une stigmatisation aussi lourde que les autres troubles mentaux.
(3) Estimations initiales de lOrganisation Mondiale de la Santé basées sur la population qui fréquente les soins primaires. Voir O.M.S. Rapport sur la santé 2001. La santé mentale : Nouvelle conception, nouveaux espoirs. Ce rapport peut être téléchargé gratuitement sur le site www.who.int ou commandé à lOMS, 1211 Genève 27, Suisse, fax : (4122) 791 4870.
(4) Compte tenu dune population belge estimée en 2001 à 10.300.000 personnes, toutes choses étant égales par ailleurs.
(5) United States Bureau of the Census, base de données internationale disponible sur le site www.census.gov/ipc/www
(6) OMS, op.cit. annexes statistiques.
(7) OMS, op.cit. p. 42, citant une étude de Kesler et al., 1994.
(8) Figure 2.1, Rapport OMS 2001, op.cit. p.26
(9) Voir rapport statistique 2000 de lINAMI, p. 183. Ce rapport peut être consulté ou téléchargé sur le site www.inami.fgov.be
(10) Voir létude de Murray et Lopez, 2000 sur la CMM, Charge Mondiale de Morbidité , The Global Burden of Disease 2000 project : aims, methods and data sources et Tableau 2 de lannexe statistique du Rapport sur la santé 2001. La santé mentale : Nouvelle conception, nouveaux espoirs, op.cit.
(11) Si on considère toujours un rapport proportionnel constant, ce qui est loin dêtre démontré.
(12) Pr Appleby, Louis, Université de Manchester, étude parue dans la revue médicale "Lancet" 12/2001.
(13) DHHS, 2001. Voir aussi Schaffer,D. et al., 1996 in Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 35 : 865-877.
(14) Proportion équivalente appliquée sur base des chiffres de population par tranche dage fournies par le département Statistiques du Ministère Belge des Affaires Economiques, accessibles sur le site www.statbel.fgov.be
(15) Voir étude de Pai et Kapur, 1982 ; Fadden et al., 1987 ; Winefield & Harvey, 1994.
(16) Voir étude de Jablensky et al., 1992, citée dans le Rapport 2001 de lOMS op.cit., p.33.
(17) Voir les études de Agnetti G. et BarbetoA., 1994 et 2000, Ausloos G. 1993 sur les émotions exprimées, Kannas S. 2000, Van Meer R. et surtout les travaux du Dr Patrick Bantman. De 1997 à 2002
Retour
|