Campagne Nationale du 7/5 au 31/12/2002
 

Question de chiffres

1. Importance quantitative des troubles mentaux

Si on accepte la définition qu’en donne l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), on entend par troubles mentaux et du comportement "des affections significatives qui se caractérisent par un changement du mode de pensée, de l’humeur (affects) ou du comportement associées à une détresse psychique et/ou à une altération des fonctions mentales. (…) Pour être considérées comme telles, ces anomalies doivent être permanentes ou répétées et causer une souffrance ou constituer un handicap dans un ou plusieurs domaines de la vie courante"(1).

Lorsqu’on cherche à s’informer sur la proportion de personnes atteintes de troubles mentaux dans une population donnée, il ne faut pas s’étonner de rencontrer de grands écarts dans les chiffres cités. Cela tient à deux raisons principales. La première est que ces données peuvent s’appliquer à des choses très différentes. Ainsi l’OMS inclut sous la même appellation les troubles dépressifs, les toxicomanies, la schizophrénie, l’épilepsie(2), la maladie d’Alzheimer, l’arriération mentale et les troubles de l’enfance et de l’adolescence. Une autre cause de divergences est ce qu’on appelle la prévalence, soit la possibilité statistique qu’un phénomène affecte une personne durant une certaine période.

La prévalence ponctuelle est en quelque sorte la photographie d’une population à un moment donné

Aujourd’hui, 450.000.000 de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux et du comportement(3), soit environ 8% de la population mondiale, soit 750.000 Belges(4).

La prévalence générale couvre tout le cours de l’existence d’une personne. Les chiffres sont bien entendu plus impressionnants lorsqu’on cite cette dernière.

Plus de 25% de la population mondiale souffrira de troubles mentaux à un moment ou l’autre de sa vie, soit un milliard et demi d’êtres humains dans le monde, soit 2.500.000 Belges.

Ces chiffres terribles sont établis par projection à partir des données générales de la Division de la population de l’ONU(5) et les divers tableaux ont été établis à partir de renseignements récoltés auprès des 191 Etats membres de l’OMS(6).

On constate que la répartition des troubles mentaux est assez régulière. En effet, si les facteurs liés au mode de vie stressant des sociétés économiquement développées pourraient faire croire à un accroissement de la fréquence des maladies mentales, d’autres facteurs tels que la pauvreté, l’exil, les guerres et les catastrophes affectent dans les mêmes proportions les pays à l’économie précaire.

Dans tous les cas, on observe une influence du sexe, de l’âge, de la survenue de maladies physiques et du contexte familial et social dans l’apparition et la durée des troubles mentaux. Une restriction toutefois en ce qui concerne les psychoses évolutives graves(7) qui se présentent dans n’importe quel contexte avec la même probabilité.

 

2. Importance des conséquences individuelles et sociales des troubles mentaux

En Europe, sur 100% des Années de Vie vécues avec une Incapacité (AVI) par l’ensemble de la population, 43% sont dues aux troubles mentaux(8), dont 12% sont causées par les troubles dépressifs unipolaires, 2,8% par la schizophrénie et 2% par la maladie d’ Alzheimer.

Le malheur et la souffrance ne se mesurent pas. Ils ont cependant un coût social et c’est celui-ci qui permet de se faire une idée plus juste de l’incidence des maladies mentales dans la vie quotidienne des personnes. Le calcul des années de vie vécues avec une incapacité reflète le terrible impact qu’ont les troubles mentaux sur la qualité de vie de ceux qui en souffrent.

En plus de souffrir des symptômes inquiétants de sa maladie, l’individu se trouve limité dans sa participation à la vie sociale et se sent très rapidement une charge pour son entourage. Il est également très souvent victime d’une discrimination, voire d’une mise à l’écart plus radicale, du fait de sa différence.

En Belgique, les statistiques de l’INAMI pour l’an 2000(9) démontrent que les troubles mentaux viennent largement en tête dans l’effectif des invalides par groupe de maladie.

En 2000, les affections neuropsychiatriques ont causé soit directement, soit par suicide ou lésions auto-infligées, la mort de 950.000 personnes dans le monde(10) par an, dont 1.600 Belges(11). On considère que les tentatives de suicide sont de 10 à 20 fois supérieures à ce nombre.

En plus du poids des années d’incapacité, il faut bien reconnaître une mortalité importante liée aux maladies mentales.

Selon une étude anglaise(12), un quart des patients souffrant de troubles mentaux décède de mort non naturelle, dont 1% par homicide, 26% par accidents et 73% par suicide. Les autres décès liés aux maladies mentales peuvent souvent être attribués, outre les causes physiques diverses qui frappent également l’ensemble de la population, aux troubles cognitifs qui occultent la perception de l’état général de la personne au point qu’elle néglige de prendre soin de son potentiel de santé.

Aux Etats-Unis, un rapport(13) établit qu’un 1 jeune sur 10 souffre d’une maladie mentale suffisamment grave pour constituer une forme quelconque de handicap et que moins de la moitié reçoit une aide appropriée pour y faire face.

Si on extrapole ces chiffres en considérant que le mode de vie dit " de type occidental " s’applique également à la Belgique, on peut penser qu’environ 240.000 jeunes Belges de moins de 19 ans(14) sont d’ors et déjà en danger de développer des troubles mentaux durant leur vie d’adultes.

Même si ces chiffres sont sujets à caution compte tenu du caractère transitoire des phénomènes qui touchent à l’enfance et de la différence des systèmes de sécurité sociale entre les pays, ils nous interpellent et renforcent le souci qu’il conviendrait d’apporter à l’encadrement de l’enfance et de la jeunesse sous l’angle d’une promotion de la santé mentale.

3. Conséquences des troubles mentaux sur l’entourage de ceux qui en souffrent.

Si en prévalence générale, 2.500.000 de Belges souffriront de troubles mentaux à un moment ou l’autre de sa vie (voir §1) , on estime qu’un 1.000.000 de Belges seront atteints un jour de maladie mentale grave (schizophrénie, maniaco-depression, trouble borderline, troubles paranoïaques, T.O.C. "troubles obsessionnels compulsifs", dépression grave…).

Chaque malade a des parents, parfois un conjoint, parfois des enfants. Leur nombre est impressionnant.

Conséquences de la maladie pour les familles : charge émotionnelle, stress, désorganisation de la vie de famille, entraves de fait à la vie sociale(15), difficultés financières, la famille doit s’adapter et souvent aux dépends de la réalisation de leurs propres objectifs de vie. Au lieu d’être soutenues par leur entourage et la communauté en général, les familles se trouvent le plus souvent être victimes d’opprobre, de rejet, de toutes les réactions critiques et stigmatisantes attachées à la méconnaissance et à la peur qu’éprouvent les autres à l’égard des maladies mentales.

On constate que, dans les pays où les relations familiales, de type plus traditionnelles, rassemblent tout un clan ou une communauté autour d’une personne souffrant de troubles mentaux, les chances de guérison ou d’absence de rechute de celle-ci augmentent considérablement(16): 63% de rémission complète au bout de deux ans contre 37% dans les pays économiquement développés !

Plus concrètement et dans nos pays, de nombreuses études(17) démontrent que le soutien des familles concernées a des retombées immédiates et très positives sur l’évolution de la maladie mentale d’un des leurs.

Similes regroupe des familles de personnes souffrant de troubles mentaux graves, au point d’affecter gravement leur vie quotidienne. Le fardeau des maladies mentales pèse très lourd sur les familles. Il leur incombe de prendre soin de leur proche malade et de leur apporter un soutien affectif. Elle ont besoin d’aide.

Similes en latin veut dire semblable. Nous sommes tous égaux. Tout belge a droit à la considération et au respect de tous. C’est le fondement même de notre démocratie.


(1) OMS, op.cit. p.21
(2) Bien que l’épilepsie soit une affection purement physique, l’OMS l’inclut dans les troubles mentaux pour deux raisons : elle est prise en charge la plupart du temps par les psychiatres et elle entraîne une stigmatisation aussi lourde que les autres troubles mentaux.
(3) Estimations initiales de l’Organisation Mondiale de la Santé basées sur la population qui fréquente les soins primaires. Voir O.M.S. Rapport sur la santé 2001. La santé mentale : Nouvelle conception, nouveaux espoirs. Ce rapport peut être téléchargé gratuitement sur le site www.who.int ou commandé à l’OMS, 1211 Genève 27, Suisse, fax : (4122) 791 4870.
(4) Compte tenu d’une population belge estimée en 2001 à 10.300.000 personnes, toutes choses étant égales par ailleurs.
(5) United States Bureau of the Census, base de données internationale disponible sur le site www.census.gov/ipc/www
(6) OMS, op.cit. annexes statistiques.
(7) OMS, op.cit. p. 42, citant une étude de Kesler et al., 1994.
(8) Figure 2.1, Rapport OMS 2001, op.cit. p.26
(9) Voir rapport statistique 2000 de l’INAMI, p. 183. Ce rapport peut être consulté ou téléchargé sur le site www.inami.fgov.be
(10) Voir l’étude de Murray et Lopez, 2000 sur la CMM, Charge Mondiale de Morbidité , The Global Burden of Disease 2000 project : aims, methods and data sources et Tableau 2 de l’annexe statistique du Rapport sur la santé 2001. La santé mentale : Nouvelle conception, nouveaux espoirs, op.cit.
(11) Si on considère toujours un rapport proportionnel constant, ce qui est loin d’être démontré.
(12) Pr Appleby, Louis, Université de Manchester, étude parue dans la revue médicale "Lancet" 12/2001.
(13) DHHS, 2001. Voir aussi Schaffer,D. et al., 1996 in Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 35 : 865-877.
(14) Proportion équivalente appliquée sur base des chiffres de population par tranche d’age fournies par le département Statistiques du Ministère Belge des Affaires Economiques, accessibles sur le site www.statbel.fgov.be
(15) Voir étude de Pai et Kapur, 1982 ; Fadden et al., 1987 ; Winefield & Harvey, 1994.
(16) Voir étude de Jablensky et al., 1992, citée dans le Rapport 2001 de l’OMS op.cit., p.33.
(17) Voir les études de Agnetti G. et BarbetoA., 1994 et 2000, Ausloos G. 1993 sur les émotions exprimées, Kannas S. 2000, Van Meer R. et surtout les travaux du Dr Patrick Bantman. De 1997 à 2002

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21/05/02 15:18