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Cet immense gisement de malheur psychique et social constitué par la multitude des familles de personnes souffrant de troubles schizophréniques, maniaco-dépressifs ou autres types psychotiques, est étonnamment méconnu, même dans le monde médical et dans celui de la santé mentale. Généralistes, psychologues, assistants sociaux nont pas été formés à rencontrer ces situations qui demandent une approche toute spécifique.
Ce sont des milliers de personnes qui sont quotidiennement méconnues, refoulées, laissées à elles-mêmes, dans une souffrance morale, une inquiétude permanente et un stress générateur de troubles somatiques ou psychiques. Quand ces personnes aboutissent enfin à nos réunions, à nos formations ou encore lorsquelles téléphonent, elles ne peuvent souvent retenir leurs larmes en nous disant : Cest la première fois que lon nous entend.
Le rôle social et thérapeutique de notre action est confirmé par les nombreux témoignages de nos membres et maintenant reconnu par les services psychiatriques, qui informés par notre périodique, ont engagé avec nous une collaboration constructive et nous adressent les personnes dont le désarroi, la souffrance ou la révolte, les dépasse.
Notre premier rôle, est de permettre à ces personnes de parler, avec la certitude dêtre entendues sans être jugées. Elles découvrent quelles ne sont pas seules à vivre ce genre de situations, ce qui intervient utilement dans le processus dune déculpabilisation indispensable. La prise en charge de ces personnes est poursuivie, pour celles qui le désirent, et elles sont nombreuses, par une formation donnée en neuf séances de deux heures pour un groupe de huit à douze personnes.
Ces séances portent sur la connaissance des troubles en question, sur les traitements, sur les effets secondaires des médicaments, la bonne interprétation des comportements dérangeants et la gestion des sentiments relatifs à ceux-ci. Ces séances ont également pour objectif, dapprendre à communiquer, à prendre de la distance, à avoir des attentes réalistes, à retrouver une estime de soi, à reprendre goût à une vie et à des activités personnelles, à sentourer dun réseau daide et à participer à lentraide commune.
Dans la majorité des cas, leffet de ces formations est spectaculaire. La personne malade se sent mieux acceptée, mieux comprise dans ses difficultés à vivre; le niveau de stress intra-familial est fortement diminué et une communication utile redevient possible. Les statistiques américaines et canadiennes démontrent que ce type de formation peut faire diminuer de moitié le nombre des rechutes. De plus, le contact entre les milieux psychiatriques et les parents est amélioré, et les négociations pour trouver les meilleures solutions de suivi thérapeutique et de réinsertion en sont favorisées.
Les autorités politiques que nous tenons au courant de létat de notre réflexion et de notre pratique ne nous ont pas donné jusquà présent le sentiment quelles percevaient lintérêt budgétaire que représenterait la généralisation de cet encadrement des parents.
Dans la reconversion psychiatrique en cours, et au moment où de toutes parts, on insiste sur lintérêt de la prévention en matière de santé mentale, ils nous paraît que notre expérience serait à prendre en considération.
Jules Dechêne
Administrateur Délégué de le Fédération
des associations Similes Francophone
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