2. Soins psychiatriques à domicile 2.1. Après la sortie de lhôpital La législation actuelle qui réglemente le nombre de lits dans les hôpitaux psychiatriques envisage des séjours les plus courts possible. Elle ne prend pas en considération le sort des personnes atteintes de troubles psychiques chroniques après leur sortie de lhôpital. Les structures extra-hospitalières sont trop peu nombreuses et une grande majorité dentre eux ne peut y trouver place. Ces malades retournent donc dans leur famille (si elle existe encore) ou vivent sans soutien dans une chambre, solitaires. Cette politique de diminution programmée du nombre de lits dhôpitaux, couplée à lefficacité de plus en plus grande des neuroleptiques sur les symptômes, dits positifs de la maladie, font que le patient amené en état de crise sera plus ou moins vite jugé comme stabilisé. Le psychiatre et léquipe soignante décideront donc quil doit quitter lhôpital et ce, dans la majorité des cas, sans la moindre consultation de la famille, ni la moindre préparation de celle-ci à le recevoir. Parfois, le patient retourne dans son appartement, parfois, il est orienté vers une M.S.P. ou une I.H.P., mais quelle que soit la formule, lexpérience montre que la plupart du temps, ce sont les parents qui sont les premiers à sapercevoir que quelque chose ne va pas et à être conscients de la crise qui sannonce. 30 % de ces patients rechutent dans les six mois. A terme de deux ans, 80 % auront rechuté à une ou deux reprises avec, bien souvent, réhospitalisation et aggravation des séquelles psychiques. Du jour au lendemain, beaucoup de parents qui reprennent leur proche malade à la maison, deviennent des soignants psychiatriques 24 heures sur 24, et cela sans préparation aucune. Leur existence sen trouve bouleversée, à la fois sur le plan professionnel, social, familial et physiologique. Sur le plan professionnel: il nest pas rare que lun des parents doive renoncer à son emploi, doù une diminution des ressources financières de la famille. Sur le plan social et familial: la tension familiale éloigne bien souvent les frères et soeurs qui sen vont vivre ailleurs ou viennent de moins en moins en visite; les amis et relations se raréfient, et les parents se retrouvent dans lisolement. Isolement dont ils deviennent prisonniers car ils nosent plus laisser leur malade seul à la maison. Il nest pas rare que cette situation devienne trop insupportable pour lun des conjoints, qui déserte alors le foyer. Sur le plan physiologique: les soucis et le stress suscités par cette situation affectent la santé des parents et mènent certains dentre eux à la dépression. Toutes ces familles aiment leur proche malade et veulent à toute force leur venir en aide. Elles demandent quon les aide et réclament la mise en place de services de soins psychiatriques à domicile, en coordination étroite avec les institutions psychiatriques hospitalières et avec les autres structures alternatives daccueil, mais surtout avec les associations de familles de personnes atteintes de troubles psychiques, qui sont les mieux placées pour souligner leurs besoins et ceux de leurs malades. Linstitution dun référent psychiatrique hospitalier sera une aide, mais naugmentera pas le nombre de structures extra-hospitalières et de soins à domicile. Dès leur sortie de lhôpital, une série de relais devraient être mis en place, dont lidée serait daller vers le malade, et non linverse, comme cela se pratique habituellement en médecine. Lorganisation de soins à domicile devrait, à la demande des patients ou de leur famille, être assurée par des équipes itinérantes, créées à cet effet, qui se rendraient au domicile des malades (quils soient dans leur famille ou dans leur propre logement), pour assurer un suivi thérapeutique et social. Elles travailleraient en liaison étroite avec les hôpitaux psychiatriques doù sont sortis les malades concernés. Le contact suivi avec le malade permettrait dajuster à temps sa médication et, éventuellement, dorganiser avec lui une réhospitalisation inévitable. Cette réalisation est possible. Il y a déjà des initiatives de ce genre dans dautres pays tels que lAngleterre et la Hollande. Dans les villes où elle fonctionne, on a pu constater une nette diminution des réhospitalisations.
2. 2. En situation durgence Dans les situations de crise, nous insistons pour que des services psychiatriques puissent être appelés en urgence au domicile du malade de manière à limiter le rôle de la police qui ne devrait être appelée quen tout dernier recours. Actuellement, les familles se retrouvent la plupart du temps fort isolées en cas de situation critique. Le psychiatre, étant spécialiste et donc non remboursé en cas de visite à domicile, ne se déplace pas; quant au médecin généraliste, il est quelquefois mal informé ou trop peu formé pour faire face à une crise; le Centre de Santé Mentale, lui, intervient très peu.
2. 3. Au début des troubles psychiques Les personnes affectées de troubles psychiques sont souvent les dernières à le reconnaître. Ce sont les membres de leur entourage qui sen aperçoivent et sen inquiètent. Ceux-ci, après avoir en vain essayé de persuader le malade de se faire aider, voient avec consternation son état se dégrader. Ils font le tour des psychiatres pour sentendre dire par la plupart de ceux-ci, que si leur malade ne veut pas venir chez eux, ils ne peuvent rien pour lui, bien quils reconnaissent la gravité, voir la dangerosité de son état. Cette situation, qui devient vite infernale pour les familles, peut se prolonger pendant des mois ou des années même jusquau moment où le malade devient un danger pour lui-même ou pour les autres, auquel cas il ne reste plus quà appeler la police qui emmène durgence le malade à lhôpital. On peut supposer les traumatismes qui en résultent pour le malade (maîtrisé, placé dévêtu, attaché parfois, en chambre disolement, etc.) et pour sa famille, contrainte de faire violence à une personne aimée. Il faut avoir vécu cette situation pour la comprendre. La plupart des familles que nous représentons lont vécue et elles nen veulent plus. Cest pour éviter ces tragédies que nous demandons que soit rendue possible la visite de médecins psychiatres ou déquipes de soins psychiatriques ambulatoires au domicile des familles qui le demandent. |
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