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La schizophrénie est une maladie psychiatrique qui se déclare pour la première fois généralement entre 15 et 30 ans. Elle touche donc essentiellement les jeunes et ce, à raison d’une personne sur cent en moyenne.
Le terme de schizophrénie signifie littéralement « esprit dissocié ». Mais cette traduction littérale est à l’origine de nombreux malentendus sur la schizophrénie. En effet, les personnes atteintes ne présentent aucune dissociation de l’esprit ni du fonctionnement cérébral. Et on sait aussi actuellement qu’elles ne souffrent pas de dédoublement de la personnalité : leur esprit n’héberge donc nullement plusieurs entités différentes.
Mais qu’est-ce que la schizophrénie alors ? C’est une maladie du cerveau qui produit une perturbation grave de la pensée, de la vie émotionnelle et du comportement de la personne.
La schizophrénie se caractérise par des périodes de symptômes psychotiques : le patient développe des idées anormales et un changement de la perception, du comportement et du mode de pensée, d’où la difficulté de bien comprendre ce qu’il vit. Durant ces périodes, ses perceptions et ses idées n’ont plus aucun lien avec la réalité.
Outre une phase psychotique impressionnante et souvent très angoissante, la schizophrénie entraîne aussi typiquement une détérioration du fonctionnement psychique. Cela ne signifie pas que l’intelligence régresse mais plutôt qu'il se produit une dégradation sur le plan du « fonctionnement social ». Il peut en résulter une plus grande sensibilité au stress et des difficultés à se concentrer et à nouer des contacts. Par ailleurs, on observe fréquemment aussi une régression au niveau des performances scolaires ou professionnelles. Enfin, le patient montre souvent une tendance croissante à se négliger.
Les personnes souffrant de schizophrénie ont connu une ou plusieurs périodes de psychose. La durée d’une telle période est très variable : de quelques jours à quelques années. Une psychose peut se dérouler de manière très violente, la personne est alors souvent à la fois confuse et très agitée. On parle dans ce cas de psychose aiguë. Lorsque la phase psychotique se prolonge, elle se déroule généralement plus calmement. Il est question alors d’une psychose chronique. Les manifestations les plus caractéristiques de la schizophrénie sont les hallucinations, les délires et la confusion.
Au cours d’une psychose, la personne voit, entend, goûte ou sent des choses qui ne sont pas réelles. Elle peut par exemple entendre des voix que personne d’autre n’entend ou apercevoir des choses invisibles pour son entourage. Elle peut trouver que certaines objets ou aliments ont une odeur ou un goût étrange, à tel point qu’elle les croit nocifs, voire même empoisonnés. Elle peut être totalement convaincue de la réalité de ces illusions et réagira donc souvent en conséquence.
On parle de délire lorsque quelqu’un est fermement convaincu d’une chose inexacte sans qu’il soit possible de le faire changer d’avis. Cette conviction tourne souvent autour de sa propre personne. Dans la schizophrénie, les délires ont souvent un caractère étrange, la possibilité qu’ils aient une quelconque réalité est exclue. Un délire occupe une telle place dans l’univers mental des personnes qui en souffrent qu’il influence radicalement tous les aspects de leur vie. Lorsqu’un patient est par exemple persuadé que des ennemis tentent de l’empoisonner, il peut changer ses habitudes alimentaires voire même jeûner pendant de longues périodes. D’autres exemples de délires sont : le délire d’être une autre personne (par exemple Dieu ou la Vierge Marie) et le délire de persécution.
Dans la schizophrénie, il se produit toujours une perturbation du cours normal de la pensée. Le patient ricoche étrangement d’une pensée à l’autre d’une manière totalement inattendue et parfois incompréhensible pour autrui. Il saute du coq à l’âne, parfois au point que plus personne ne parvient à suivre son raisonnement. Il peut en outre lui-même avoir du mal à suivre une conversation ou à se souvenir de certaines choses.
Les émotions d’une personne peuvent fluctuer sans raison bien définie. Un schizophrène peut ainsi se sentir bizarre et se croire coupé du reste du monde. Il présentera régulièrement des sautes d’humeur, se montrera tantôt anormalement excité, tantôt déprimé mais aussi angoissé ou méfiant. Ses émotions sont émoussées, en ce sens qu’il ressent moins d’émotions qu’avant ou les laisse moins transparaître.
Les personnes présentant une psychose s’écartent fortement de leur comportement habituel. Elles peuvent être extrêmement actives ou au contraire somnolentes. Elles peuvent rire ou se mettre en colère sans cause visible, à des moments inattendus. Souvent, les changements dans le comportement dépendent des symptômes décrits précédemment. Par exemple, une personne qui pense qu’elle est en danger va appeler la police. Une autre va arrêter de manger parce qu’elle est persuadée que la nourriture est empoisonnée. Parfois, on assiste à des comportements extrêmement bizarres et dangereux, notamment lorsque le patient se blesse volontairement (automutilation).
La schizophrénie se déroule en plusieurs phases dont la durée varie d’une personne à l’autre. Il s’agit des phases suivantes : la phase prodromique, la phase aiguë ou phase psychotique et la phase de rétablissement ou phase stable.
La phase prodromique est la période préliminaire, celle qui précède la première psychose. Cette phase peut être brève (quelques jours) ou très longue (parfois plusieurs années). Au cours de cette phase, la maladie ne s’est pas encore entièrement déclarée mais on observe cependant des signes avant-coureurs. Ces symptômes précoces sont parfois vagues et presque imperceptibles. On peut ainsi remarquer chez la personne des modifications dans le mode d’expression des sentiments, des pensées et des impressions. Des changements apparaissent donc dans tous les domaines (sentiments, pensées, perceptions et fonctions corporelles) mais la personne ne présente pas encore de symptômes psychotiques proprement dits, comme des délires, hallucinations et troubles de la pensée.
Au cours de cette phase, les symptômes psychotiques caractéristiques deviennent prédominants. Il est alors question de délires, de perturbation de la pensée et d’hallucinations, symptômes qui s’accompagnent souvent aussi de troubles de l'humeur, du comportement et du sommeil. Cette phase se prolonge généralement jusqu’à l'instauration du traitement adapté. Une phase psychotique dure environ de trois à six mois. La plupart des patients connaissent plusieurs phases psychotiques entrecoupées de phases de rétablissement ou phases stables.
Pendant la phase stable, il arrive souvent que certains symptômes persistent. Mais ils sont alors beaucoup moins intenses et frappants que pendant la psychose active. Il s’agit surtout de manifestations d’un fonctionnement psychique détérioré et ralenti. Les patients se replient sur eux-mêmes et montrent peu – voire plus du tout – d’initiative. Dans quelque 20% des cas, des délires, des hallucinations et de la confusion subsistent après un ou plusieurs épisodes psychotiques.
Jusqu’à présent, une véritable cause bien définie n’a encore jamais pu être identifiée. Des facteurs biologiques jouent un rôle dans l’apparition de la maladie. Elle s’accompagne généralement d’une augmentation de la sensibilité au stress, ce qui veut dire que certains facteurs psychosociaux – entre autres les conditions de vie et de travail – influenceront en partie son évolution.
Les facteurs biologiques jouent le rôle principal dans l’apparition de la schizophrénie, tandis que les facteurs psychosociaux contribuent à en déterminer l’évolution.
L’hérédité joue un rôle important mais pas décisif dans l’apparition de la schizophrénie. La maladie frappe plus souvent certaines familles que d’autres. Un rôle peut aussi être joué par certaines influences négatives (comme une infection virale chez la mère lors de la grossesse ou des difficultés lors de la naissance, des maladies du cerveau telles que l’encéphalite ou la méningite et des traumatismes physiques). Ces facteurs déterminent la prédisposition à développer la maladie, autrement dit, la sensibilité ou la vulnérabilité à celle-ci. Des études ont en outre démontré que la schizophrénie va de pair avec un trouble de l'activité des régions frontales et temporales dans le cerveau. Ceci se manifeste par une perturbation de l’équilibre entre les substances nécessaires au fonctionnement des cellules nerveuses.
Du fait de leur vulnérabilité biologique, les patients schizophrènes sont plus sensibles au stress. Une forte pression de l’entourage, des événements bouleversants ou des conditions sociales défavorables (par exemple chômage) peuvent apparemment contribuer à déclencher des symptômes psychotiques.
Parmi toutes les maladies psychiatriques, la schizophrénie est l’une des plus graves. On a vu qu’elle pouvait causer de nombreux dommages – surtout à long terme – au fonctionnement psychologique, social et professionnel de la personne. Et comme la schizophrénie débute souvent précocement et évolue chroniquement, les coûts en sont extrêmement élevés pour la communauté.
Ajoutons à cela le prix – impossible à chiffrer – que le patient et sa famille doivent payer en souffrances, en relations brisées et en angoisse liée au rejet social.
Environ 10% des patients mettent fin à leur vie dans les dix premières années de leur maladie. On estime qu'après dix ans de schizophrénie, plus ou moins 30% des patients doivent obligatoirement séjourner en permanence dans une institution. D’autres patients ont plus de chance : environ 20% d’entre eux n’auront plus besoin de soins après une première période de maladie et pourront ensuite mener une existence autonome.
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